Convoyage transatlantique #4 - L'Arc Antillais
- ScillyRace
- 23 juin 2019
- 3 min de lecture

Le frais vient à manquer. On ne mourra pas de faim, çà non, mais les repas deviennent moins variés, et surtout moins adaptés à l’humidité et la chaleur qui règnent à bord.
On comptait sur la pêche. Une bonne Dorade Coryphène c’est bien agréable de temps à autre. Mais clairement, nous ne sommes pas doués et nous avons sous estimé le nombre de lignes et de leurres nécessaires pour cette traversée de l’Atlantique. Voilà que nous n’avons plus de bas de ligne disponibles, cassés par un banc d’algues ou un poisson trop gros pour être ramené à bord. Nous essayons bien sur de ralentir dès que çà mord mais ce n’est pas toujours facile dans l’Alizé portant qui nous pousse à bonne vitesse. Tant pis, on se contentera des sardines, maquereaux divers et variés en boites métalliques.
On commence à avoir hâte d’approcher la terre. On est bien en mer mais passé une vingtaine de jours une certaine monotonie s’installe.
A environ 3 jours de l’Arc Antillais le vent molli désespérément. Une pétole et une mer d’huile nous incitent à nous baigner. A tour de rôle nous nous jetons à l’eau. A tour de rôle, pourquoi ? Pour la sécurité. Toujours quelqu’un à bord pour manœuvrer si le vent revient subitement et que le voilier décide de faire cap seul sur sa destination. Vous avez sans doute déjà entendu parler de cette histoire ou un navire de plaisance a été retrouvé dérivant seul, en mer, au large, vide de ses occupants, en parfait état de marche. Non qu’il était question d’un solitaire qui était tristement tombé à l'eau, mais réellement de tout un équipage qui avait disparu. Cela avait été prouvé aisément par les affaires personnelles restées à bord. Il étaient plusieurs, ils avaient décidé de se baigner, ils avaient omis de mettre en place un système pour remonter à bord. Il paraît que la coque avait des marques d’ongles dans le gel coat. Je vous laisse imaginer l’horreur !
Donc pour nous c’est toujours quelqu’un à bord. Même au mouillage pensez à laisser traîner un bout dans l’eau et à descendre et sécuriser l’échelle de bain. C'est tout con, çà doit vous faire rire ... Imaginez: Vous arrivez au mouillage, il fait chaud, vous jetez la pioche, dans l'émulation tout le monde se jette à l'eau ... Qui s'est chargé de l'échelle de bain ??? .....
On fait route maintenant doucement au moteur. Régime économique. Il ne nous reste plus beaucoup de gasoil car chaque jour le moteur tournait 2 heures environ afin de charger les batteries pour alimenter le pilote automatique et l’électronique, faire du froid pour ce qui nous reste de produit frais, c’est à dire pas grand-chose. C’est angoissant de se savoir tout près mais de ne plus avancer.
On optimise chaque souffle d’air, on ajuste le pilote pour limiter les écarts de barre.
Le surlendemain le vent revient, enfin, plus que quelques dizaines de milles.
On joue à qui verra la terre en premier, on se crève les yeux sur l’horizon.
Cà y est, enfin, terre ! Terre !
En passant sous le vent de la Désirade on se surprends à retrouver des odeurs. La terre a une odeur, depuis 24 jours on ne sent que la mer. Nos sens olfactifs se réveillent, humus, fruits, fumées …
En approchant Point à Pitre ce sont même les odeurs de crème solaire qui nous surprennent.
On entre dans la Marina, on se met « cul à quai » sur un coffre.
On descends à terre, il est 7h00 du matin, on se jette sur la première terrasse pour un génial petit-déjeuner. Omelettes, croissants, pains aux chocolat, baguette fraiche, café. On frôle l’indigestion.
Une heure plus tard fatigue aidant on a du mal à supporter l’agitation de la ville, le bruit des voitures et des motos, tout va trop vite. Nous revoilà des terriens.
Bon sang ce qu’on était bien en mer ! Déjà envie d’y retourner, d’être hors du temps !
Jamais contents les marins, jamais ...
Bon vent et naviguez Safe !
Kommentare