Transatlantique #3 - Alizés
- ScillyRace
- 20 juin 2019
- 4 min de lecture

La traversée suit son cours.
L’Alizé de nord-est est bien établi maintenant et nous portons grand voile haute et génois entièrement déroulé. Pendant quelques jours il ne souffle pas très fort, autour de force 4. La houle est régulière. On file bon train, 6.5 nœuds et le pilote automatique ajuste le cap et gère tranquillement les petites embardées. Le rythme des quarts est bien installé. De nuit, ce sont des quarts de 2 heures. Nous sommes 4 à bord, c’est facile et les équipiers maintenant complètement amarinés gèrent le navire sans soucis. Le jour, pas de quart officiel à partir de 8/9h00 du matin. Ce n’est vraiment pas fatiguant et il y a toujours quelqu’un qui profite du lent réchauffement des températures, cap sur la Guadeloupe.
Au lever du soleil, chacun passe à son tour sur la plage arrière, au raz de l’eau pour la toilette matinale qui finit de nous réveiller en attendant que le pain, tous les deux jours, finisse de cuir dans le four de la petite gazinière sur cardan. Les premiers seaux d’eau de mer son encore un peu frais. La pâte à tartiner (de marque connue mais que je ne peux citer là …) s’étale amoureusement sur le pain tranché encore fumant. Purs moments de bonheur simples mais gourmands.
Ensuite, c’est bronzage et bouquins, dans le cockpit ou sur le pont. Aux heures plus chaudes de l’après-midi le livre est parfois calé sous un bout et laisse place à une petite sieste.
Certains mettent à l’eau la ligne de traîne mais le thon bonite n’a pas encore montré ses nageoires, on se contente donc des produits frais encore disponibles.
Le rythme de vie à bord est installé. Plus proche du non-rythme que d’une réelle organisation. Tout glisse, comme la coque dans la houle et chacun s’occupe aux taches quotidiennes sans besoin réel de donner des ordres. Propreté, cuisine, bronzing, lecture, bronzing, toilette, sieste…
Les 4 ou 5 premiers jours passent de la sorte.
Puis le vent commence à forcir et il est plus difficile de soulager le pilote qui embarde. La houle grossit jusqu’à atteindre 2 à 3 mètres, sur la hanche tribord. Rien de dangereux aux allures portantes. On réduit la grand voile au premier ris, puis au deuxième. Le génois reste presque entièrement déroulé. Les nuages noircissent parfois et gonflent, apportant des grains. Les rafales atteignent force 6, parfois 7 et le pilote décroche, mais çà ne dure pas, moins d’une heure en général. Il faut barrer. Et c’est à tour de rôle qu’un volontaire se place derrière la barre à roue, stoppe le pilote automatique et garde la cap alors que les trois autres s’enferment à l’intérieur, tous capots rapidement clos. Ces grains apportent de la pluie, de la grosse pluie, des trombes d’eau ! La première fois on se retrouve vêtements trempés. Ensuite, c’est complètement nu que le barreur assume sa tâche. D’une part çà évite de devoir faire sécher ses habits ensuite, mais aussi et surtout, bien qu’un peu fraîche, l’eau douce désale la peau et les cheveux.
La capacité d’eau à bord n’est pas énorme, autour de 400 litres de mémoire, et à 4 personnes le réservoir serait vite vide si on l’utilisait autrement que pour la cuisine ou la boisson. La traversée devrait prendre 25 à 30 jours maximum, mais nous ne sommes pas à l’abris de calmes qui prolongeraient le voyage. L’eau douce, c’est la sécurité. Il vaut mieux arriver sur l’Arc Antillais avec 200 litres dans les réservoirs que de devoir vivre sans eau ne serait-ce que quelques jours.
Les grains devenant plus puissants, nous décidons d’affaler complètement la grand voile et de tangonner le génois. Ce dernier était parfois déventé et cela compliquait le travail du pilote ou du barreur. La vitesse reste stable, autour de 7 nœuds de moyenne, avec des pointes à 8 ou 9 nœuds sous les grains de plus en plus fréquents. L’autre intérêt d’avoir la grande voile ferlée est que quand les grains deviennent violents, on peut réduire le génois de quelques tours, au winch, alors que prendre un ris dans la voile au portant est assez compliqué voir impossible.
Nous sommes dans les temps, nous progressons bien, et il faut privilégier le confort et la sécurité.
Nous n’avons pas l’impression d’avancer car il n’y a aucun repère côtier. La sensation est de rester sur place. Comme si le temps s’était arrêté pour nous mais que celui des éléments, de la mer et du vent continuait de défiler, autour de nous.
Après une dizaine de jours, la nourriture commence à être moins variée. On a du stock, bien sur ! Mais le « frais » disparaissant on est obligé d’attaquer les conserves. Le taboulé passent bien quand on prends le temps de le laisser refroidir. Il fait chaud dans le carré, peut être 30 ou 35 degrés et l’humidité est grande, augmentant encore la sensation de chaleur. On terminera la transat avec de temps en temps une boite de saucisse lentilles ou de cassoulets … ce n’est pas de saison...
Bon vent et naviguez Safe !
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