Transatlantique #2 – Madère
- ScillyRace
- 16 juin 2019
- 3 min de lecture

Trois jours à Madère, pourquoi faire ? D’abord, se reposer un peu après le mauvais temps.
Les corps et les esprits ne sont pas encore amarinés.
On a l’impression d’être passif parfois sur un voilier. Il n’y a effectivement pas toujours à faire. Quand le vent est régulier, la mer calme, le bateau tient son cap facilement, sous pilote automatique. Ce n’est pas le cas par mauvais temps, il faut barrer pour éviter les embardées qui feront faseyer les voiles et ainsi, gagner mètre après mètre, milles après milles vers le but recherché, l’objectif à atteindre. Même par beau temps un bateau bouge constamment ce qui oblige l’organisme a garder son équilibre. Inconsciemment beaucoup de muscles entrent en jeu pour maintenir la posture et rester tonique. Ce sont ces milliers de mouvements dont on ne se rends pas toujours compte qui fatiguent énormément, surtout au début. S’amariner c’est aussi çà, laisser le temps à l’organisme de s’adapter à son environnement, comme ferait un montagnard qui resterait sans rien faire à un camp d’altitude pour que ses globules rouges augmentent et améliorent le transport de l’oxygène, plus rare, dans l’organisme.
S’amariner c’est aussi laisser le temps au cerveau de comprendre. Le mal de mer est souvent expliqué par un décalage entre ce que perçoit l’œil (par exemple, pas de mouvement si vous êtes à l’intérieur du bateau), et l’oreille interne, notre « niveau à bulle » biologique, qui elle perçoit des mouvements. Le cerveau « compile » ses données, mais lui les interprète comme quelque-chose d’anormal, il crée la nausée, le mal de mer, plus ou moins fort et plus ou moins longtemps suivant les individus.
Madère c’est aussi un peu la fête avec les copains des autres voiliers arrivés avant nous, ou un peu après. Ce sont pas moins de 12 voiliers qui sont partis de La Rochelle quasiment en même temps, à destination des Antilles. Pour nous, pas vraiment de problèmes techniques, un gros coup de propre dans les fonds, les coffres et les placards ou restent encore un peu de semoule ou de céréales renversés lors du coup de vent.
Un voilier lui a rompu son étai (câble tenant le mat et la voile d’avant). Il doit démonter son enrouleur de génois, sans démâter, et attendre que le chantier, en France, lui envoie par avion en express un étai neuf aux bonnes dimensions. heureusement quand s'est arrivé il était vent arrière, au portant, et le mât n'est donc pas tombé !
Nous achetons les vivres, en tablant sur 30 jours de navigation jusqu’en Guadeloupe, Point-à-Pitre, notre destination. Un régime de banane entier est accroché au balcon arrière pour finir de mûrir. Il a été acheté « vert » pour des raisons évidentes de conservation. Des fruits, des légumes, des pâtes, du riz, des sachets de purée, des boites de conserve, et de la farine pour faire du pain frais tous les deux jours. Pas de la grande cuisine, çà non, mais çà devrait être suffisamment varié pour éviter la morosité. Pour la viande, c’est plus difficile. On peut conserver maximum 1 semaine dans le petit frigo, et nous n’avons pas de congélateur. On compte sur la pêche … on a tort …
On est prêt, çà nous démange. Les escales sont souvent beaucoup de moments de bonheur, mais un marin a toujours envie de repartir, une qualité, un défaut ? Peu importe, c’est ainsi. Nous ne sommes pas très pressés mais il s’agit tout de même d’un convoyage professionnel et non d’une croisière. On décide de repartir.
On quitte le port de Funchal. Petite brise de sud. Bizarre mais pas anormal. Madères est bien trop nord pour espérer y avoir des vents portants nommés Alizés. Ces vents, établis autour de l’Équateur soufflent du nord-est dans l’hémisphère nord. On compte sur eux pour traverser l’Atlantique, au portant.
La nuit venue le vent tombe complètement. On décide de pousser au moteur, cap au sud ouest pour aller « chercher » cet Alizé qui devrait se trouver plus bas. La capacité de gasoil du réservoir est correcte, et on a plus de 150 litres en bidons dans les coffres arrières et sur le pont, amarrés aux balcons. Au fur et à mesure qu’on consomme, on rempli le réservoir pour supprimer ces bidons du pont. Ils offrent une résistance à la vague et arracherait les balcons en cas de mauvais temps.
Après une soixantaine d'heures d'alternance de moteur et de voile (très doucement) nous commençons à sentir s’établir le vent de nord-est attendu, avec son ciel bleu pur tacheté de nuages bien blancs. L’Alizé est là ! Il n’y a plus qu’à se laisser glisser ...
Bon vent et naviguez Safe !
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